CHAPITRE XIX

Le visage blême et l’esprit en ébullition, Oskatat fonçait dans les couloirs du Drojim. Il devait absolument voir Urgit, le monarque absolu du Cthol Murgos.

— Je veux parler avec Sa Majesté, déclara-t-il aux gardes plantés à l’entrée de la salle du trône.

Les hommes se hâtèrent d’ouvrir les portes en grand. Bien qu’Urgit et lui-même aient décidé d’un commun accord qu’Oskatat n’était plus sénéchal qu’en titre, tout le monde au palais considérait le grand gaillard balafré comme le personnage le plus puissant du royaume après le roi.

Il trouva ledit roi au museau de fouine en train de deviser gaiement avec la reine Prala et la reine mère Tamazin, l’épouse d’Oskatat.

— Ah, Oskatat ! Ma petite famille est au complet, s’exclama Urgit. Nous envisagions de faire des travaux assez importants au palais royal, figurez-vous. Toutes ces pierreries, les tonnes d’or qui surchargent les plafonds sont du plus mauvais goût, je trouve, et puis j’ai besoin d’argent. La somme que je tirerai de toute cette quincaillerie me sera très utile pour soutenir l’effort de guerre.

— Il est arrivé un événement important, Urgit, annonça Oskatat.

Le roi avait expressément ordonné au sénéchal de l’appeler par son prénom lorsqu’ils s’entretenaient en privé.

— Comme c’est déprimant, fit Urgit en s’avachissant dans les coussins de son trône.

Taur Urgas, le défunt « père » d’Urgit, réprouvait les éléments de confort comme les coussins. Il mettait un point d’honneur à vivre à la dure et donnait l’exemple du stoïcisme murgo en passant des heures assis sur la pierre glacée. Il devait à ces beaux principes une fistule qui ne lui avait pas arrangé le caractère pendant les dernières années de sa vie.

— Redresse-toi, Urgit, protesta machinalement Dame Tamazin.

— Oui, Mère, répondit Urgit en obtempérant docilement. Je vous écoute, Oskatat, mais allez-y mollo, je vous en prie. J’ai remarqué que l’adjectif « important » avait une fâcheuse tendance à vouloir dire « calamiteux », ces temps derniers.

— J’avais demandé à Jaharb, le doyen des Dagashis, de se renseigner sur les mouvements d’Agachak, reprit le sénéchal. Eh bien, notre grand prêtre a quitté le Cthol Murgos.

— Enfin une bonne nouvelle ! s’exclama Urgit, hilare. Si seulement il pouvait aller à l’autre au bout du monde… Eh bien, ça me fait plaisir, Oskatat. Je dormirai mieux maintenant que je sais que ce cadavre ambulant n’est plus là pour polluer ce qui reste de mon royaume. Sait-on où il est allé ?

— Il est parti pour la Mallorée, Urgit. Il semble croire que le Sardion est là-bas. Il est passé par Thull Mardu et a convaincu le roi Nathel de l’accompagner.

— Non, il n’a pas fait ça ! s’écria Urgit en hurlant de rire. C’est moi qui lui avais suggéré d’emmener Nathel à ma place quand il partirait chercher le Sardion, expliqua-t-il à ses compagnons en réponse à leurs regards interrogateurs. Il l’a fait, l’imbécile, il s’est encombré de ce crétin ! Je voudrais être une souris pour entendre ce qu’ils se racontent ! S’il réussit son coup, il bombardera Nathel roi des rois des Angaraks. Nathel, qui ne sait même pas lacer ses chaussures !

— Tu ne penses pas vraiment qu’Agachak va réussir ? releva la reine Prala en plissant son front lisse.

La reine Prala était enceinte de plusieurs mois et manifestait une certaine propension à tout prendre au sérieux sinon au tragique.

— Réussir ? renifla Urgit. Aucun danger. Il faudrait pour ça qu’il passe sur le corps de Belgarion, sans parler de Belgarath et Polgara. Ils vont le pulvériser. C’est vraiment agréable d’avoir des amis si puissants, reprit-il avec un sourire sardonique. Je crois tout de même que nous ferions mieux de prévenir Belgarion. Et Kheldar, ajouta-t-il en se vautrant à nouveau dans ses coussins. La dernière fois que nous avons entendu parler d’eux, ils avaient quitté Rak Hagga avec Kal Zakath. Nous avons supposé, en toute logique, qu’ils allaient à Mal Zeth, soit en tant qu’invités soit comme prisonniers. Je connais assez Belgarion pour savoir qu’il n’est pas du genre à rester longtemps prisonnier. D’un autre côté, Zakath sait probablement où il est. Oskatat, vous ne pourriez pas faire entrer un Dagashi à Mal Zeth ?

— On peut toujours essayer, mais je n’y crois pas beaucoup et je ne suis pas sûr que les Dagashis soient les mieux placés pour rencontrer l’empereur. Zakath a une guerre civile sur les bras, et il doit avoir des tas de soucis.

— Evidemment. Cela dit, reprit Urgit en tiraillant son long nez pointu, il ne s’est guère laissé dépasser par les événements chez nous, au Cthol Murgos… Et si nous l’utilisions comme messager auprès de Belgarath ?

— Excusez-moi, Urgit, mais ça va un peu trop vite pour moi, objecta Oskatat.

— Quelle est la plus proche ville occupée par les Malloréens ?

— Ils ont toujours une garnison réduite à Rak Cthaka. Nous pourrions les anéantir en quelques heures, mais je doute que vous ayez envie de fournir un prétexte à Zakath pour revenir en force au Cthol Murgos.

— Je dois avouer que je serais personnellement assez favorable à cette ligne de pensée, convint Urgit en réprimant un frisson, mais je dois quelques bonnes manières à Belgarion et je tiens à protéger mon frère dans toute la mesure du possible. Voilà ce que vous allez faire, Oskatat : vous allez prendre trois corps d’armée avec vous et foncer vers Rak Cthaka. Les Malloréens de la région fileront à Rak Hagga pour faire prévenir Kal Zakath que nous nous apprêtons à attaquer ses places fortes. Ça devrait l’intéresser. Vous tournerez un peu en rond puis vous entrerez dans la ville. Vous demanderez à parlementer avec le commandant de la place et vous lui expliquerez la situation. Je vais écrire à Kal Zakath une lettre exposant notre communion d’intérêts. Il n’a sûrement pas plus envie de voir Agachak en Mallorée que je ne souhaite le récupérer ici, au Cthol Murgos. Je lui suggérerai de mettre Belgarion au courant et nous n’aurons qu’à nous caler confortablement dans notre trône en attendant que le Tueur de Dieu règle le problème à notre place. Qui sait ? fit-il avec un soudain sourire. Il se pourrait que ce soit le premier pas vers une réconciliation entre Son Implacabilité impériale et moi-même. Je crois vraiment que le moment est venu pour les Angaraks d’arrêter de s’entretuer.

 

— Enfin, Greldik, vous ne pouvez pas faire avancer ce truc-là plus vite ? tempêta le roi Anheg de Cherek.

— Mais bien sûr, Anheg, grommela Greldik. Je pourrais hisser toute la toile, et nous irions aussi vite qu’une flèche. Pendant cinq minutes. Puis les mâts casseraient et nous nous retrouverions à la rame. Dans quelle équipe voudriez-vous que je vous mette ?

— Greldik, avez-vous jamais entendu le terme lèse-majesté ?

— Souvent, Anheg, et la plupart du temps dans votre bouche. Mais vous devriez vous intéresser un peu plus au droit maritime. A bord de ce bateau, et en mer, j’exerce une autorité encore plus absolue que vous au Val d’Alorie. Si je vous dis de ramer, vous ramerez, et sinon vous continuerez à la nage.

Le roi de Cherek s’éloigna en vociférant.

— Vous avez réussi à en tirer quelque chose ? demanda l’empereur Varana comme Anheg s’approchait de la proue en frappant le pont de ses talons.

— Il m’a envoyé promener, maugréa Anheg. Et puis il m’a dit que si j’étais pressé, je n’avais qu’à ramer moi-même.

— Vous avez déjà manœuvré les rames ?

— Une fois. Les Cheresques sont un peuple de marins, et mon père trouvait éducatif de me faire engager comme mousse. Le plus ennuyeux, ce n’était pas de ramer, c’était le fouet.

— Ils n’ont tout de même pas osé fouetter le prince héritier ? se récria l’empereur de Tolnedrie.

— Comment voulez-vous reconnaître les rameurs quand vous êtes derrière eux ? rétorqua Anheg. Le chef de nage trouvait que nous n’allions pas assez vite. Nous pourchassions un navire de commerce tolnedrain et il ne fallait pas qu’il retrouve la sûreté des eaux territoriales tolnedraines.

— Anheg ! s’exclama Varana.

— C’était il y a longtemps, Varana. J’ai interdit l’arraisonnement des vaisseaux tolnedrains. Surtout en présence de témoins. L’ennui, vous comprenez, c’est que Greldik n’a pas tort. S’il se couvre de toile, le vent va déraciner ses mâts et nous finirons par ramer tous les deux.

— Dans ce cas, je ne vois pas comment nous pourrions rattraper Barak.

— Allez savoir. Barak n’est pas aussi bon marin que Greldik et son immense bâtiment obéit moins bien à la barre. Nous gagnons un peu sur lui tous les jours. Quand il arrivera en Mallorée, il faudra qu’il s’arrête dans chaque port pour poser des questions. La plupart des Malloréens ne reconnaîtraient pas Garion s’il se jetait sur eux et leur crachait à la figure, mais Kheldar, c’est une autre histoire. Je me suis laissé dire que ce petit voleur avait des bureaux dans la plupart des villes et des villages de Mallorée. Je sais ce que Barak a en tête. Il va chercher à retrouver Silk, puisqu’ils sont probablement ensemble, Garion et lui. Ce sera plus facile pour nous. Nous n’aurons qu’à décrire l’Aigle des mers à quelques-uns des hommes qui traînent sur les quais. Pour le prix d’un tonnelet de bière, nous devrions pouvoir suivre Barak où qu’il aille. Avec un peu de chance, nous le rattraperons avant qu’il ne trouve Garion et ne gâche tout. Dommage que cette aveugle lui ait dit qu’il ne pouvait pas l’accompagner. Je ne connais pas de moyen plus infaillible de convaincre Barak de faire une chose que de la lui interdire. Au moins, s’il était parti avec Garion, Belgarath serait là pour le tenir à l’œil et l’empêcher de faire des bêtises.

— Et comment espérez-vous l’arrêter même si nous le rattrapons ? Son bâtiment va peut-être moins vite que le nôtre mais il est plus grand et il peut transporter plus de monde.

— Greldik a un accessoire spécial dans la cale. Un truc qui se fixe à la proue du navire. Si Barak refuse d’obtempérer quand je lui ordonnerai de mettre en panne, Greldik l’éperonnera, et on ne va pas loin dans un vaisseau qui prend l’eau.

— Anheg, c’est monstrueux !

— Ce que Barak essaie de faire ne l’est pas moins. S’il réussit à retrouver Garion, Zandramas va gagner, et nous finirons tous sous la botte de quelqu’un d’encore pire que Torak. Je coulerais dix fois l’Aigle des mers pour éviter ça. Enfin, soupira-t-il, je n’aimerais pas que mon cousin se noie. Il me manquerait.

La reine Porenn de Drasnie avait convoqué le margrave Khendon, le chef de ses services de renseignements, dans ses appartements privés afin de lui donner certaines instructions.

— Tous, sans exception, Javelin, avait-elle dit d’un ton sans équivoque. J’exige que tous les espions quittent cette aile du palais jusqu’à la fin de la journée.

— Porenn ! hoqueta Javelin. Je n’ai jamais entendu une chose pareille !

— Si : vous venez de l’entendre, et de ma bouche, encore. Ça vaut aussi pour tous les espions non officiels. Je veux que cette aile du palais soit totalement vide d’ici une heure. J’ai mes propres espions, Javelin, et je connais chacune de leurs cachettes. Faites-les toutes nettoyer.

— Vous me décevez amèrement, Porenn. Ce ne sont pas des façons de traiter les services de renseignements. Vous imaginez l’impact que ça va avoir sur le moral des hommes ?

— Franchement, Khendon, le moral de vos fouineurs professionnels, je m’en bats l’œil. J’ai d’autres problèmes.

— Mes hommes ont-ils jamais démérité ? demanda Javelin, d’un petit ton pincé.

— Deux fois, si je me souviens bien. La première quand le culte de l’Ours a réussi à infiltrer vos services, la seconde quand ils ne se sont pas aperçus de la trahison du général Haldar.

— Très bien, Porenn, j’admets que quelques détails mineurs nous ont parfois échappé, soupira Javelin.

— Ah, parce que vous considérez comme un détail mineur le ralliement du général Haldar au culte de l’Ours ?

— Je vous trouve inutilement blessante, Porenn.

— Ça suffit, Javelin. Evacuez cette aile ou je convoque mon fils et nous interdisons définitivement l’espionnage de la famille royale.

— Vous ne feriez pas ça ! se récria Javelin, pâle comme un linge. C’est le service tout entier qui s’écroulerait. L’honneur d’espionner la famille royale a toujours constitué la récompense suprême. Mes hommes ne rêvent que de ça. Sauf Silk, qui l’a refusé par trois fois, ajouta-t-il, soudain méditatif.

— Eh bien, évacuez tout votre petit monde, Javelin. Et n’oubliez pas le placard caché derrière la tapisserie dans le couloir, juste dehors.

— Comment l’avez-vous découvert ?

— C’est à Kheva qu’en revient le mérite.

Javelin poussa un gémissement funèbre.

Quelques heures plus tard, Porenn attendait impatiemment dans son salon avec le roi Kheva, son fils. Kheva était presque aussi grand que Rhodar, maintenant. Il avait une belle voix grave et un duvet ombrait ses joues. Contrairement à la plupart des régents, sa mère tenait à ce qu’il prenne l’habitude d’assister aux conseils d’Etat et de négocier avec les puissances étrangères. D’ici peu, elle le mènerait en douceur au premier plan et se retirerait du pouvoir qu’elle avait assumé bien malgré elle. Kheva ferait un bon roi, se disait-elle. Il était presque aussi rusé que son père et il avait une qualité irremplaçable pour un monarque : le bon sens.

On frappa lourdement à la porte.

— C’est moi, Yarblek, fit une grosse voix rocailleuse.

— Entrez. Nous avons beaucoup de choses à voir ensemble.

Vella apparut derrière lui. Porenn étouffa un soupir. La jeune femme avait tout oublié au Gar og Nadrak. Elle s’était dépouillée du mince vernis d’éducation dont Porenn l’avait revêtue à grand peine. Rien qu’à sa tenue, il était évident qu’elle était redevenue la créature farouche, indomptable, qu’elle avait toujours été.

— Alors, Porenn, il y a le feu ? fit Yarblek sans préambule en balançant dans un coin son manteau de feutre informe et son bonnet de fourrure hirsute. Votre messager a failli crever son cheval sous lui.

— Il est arrivé quelque chose d’important et qui nous concerne tous. Mais je tiens à ce que ça reste entre nous.

— Entre nous ! s’esclaffa Yarblek. Vous savez bien, Porenn, qu’il n’y a de secret pour personne dans votre palais !

— Cette fois, si, répondit la reine d’un petit ton pincé. J’ai ordonné ce matin même à Javelin de faire sortir tous ses espions de cette aile du palais.

— Et comment l’a-t-il pris ? s’enquit le Nadrak avec un immense sourire.

— Pas très bien, j’en ai peur.

— Ça lui fera les pieds. Il commençait à avoir la grosse tête, ces temps derniers. Bon, venons-en au fait. Quel est le problème ?

— Je vais vous le dire. Mais avant, avez-vous trouvé ce que tramait Drosta ?

— Evidemment. Il voudrait faire la paix avec Zakath. Il a négocié – à distance – avec le responsable du Département de l’Intérieur, un certain Brador, je crois. Bref, il a accepté de laisser des agents malloréens passer par le Gar og Nadrak pour infiltrer le Ponant.

C’est le ton de sa voix plus qu’autre chose qui mit la puce à l’oreille de Porenn.

— Très bien, Yarblek, mais vous ne me dites pas tout.

— J’ai horreur de traiter avec des femmes intelligentes. Je ne sais pas pourquoi, je ne trouve pas ça naturel, geignit le Nadrak en s’écartant prudemment de Vella. Bon, ça va… Zakath a besoin d’argent, beaucoup d’argent pour poursuivre les guerres qu’il mène sur deux fronts différents. Drosta a exempté de droits de douane sur les tapis malloréens les marchands qui paient leurs impôts à Mal Zeth. Ils nous ont piqué tout le marché arendais à Silk et moi.

— Je suppose que vous avez su tirer parti de ces informations.

— Ben voyons. Vous pourriez vous faire un pactole, vous savez, Porenn. Drosta a réduit de quinze pour cent les droits de douane sur toutes importations de Mallorée. Vous n’auriez qu’à augmenter les vôtres d’autant pour vous en mettre plein les poches, et nous resterions compétitifs, Silk et moi.

— Je crois surtout que vous êtes en train d’essayer de me rouler, fit Porenn d’un ton suspicieux. Enfin, nous verrons ça plus tard. Pour l’instant, écoutez-moi bien : Barak, Mandorallen, Hettar, Lelldorin et Relg font voile vers la Mallorée, sans doute dans l’intention de s’immiscer dans la quête de Belgarion. Vous étiez à Rhéon. Vous savez ce que la sibylle dalasienne nous a dit. Ces têtes brûlées doivent absolument rester à l’écart de tout ça. Combien de temps vous faudrait-il pour faire parvenir un message à vos agents en Mallorée ?

— Quelques semaines. Peut-être un peu moins.

— Cette affaire est de la plus extrême urgence, Yarblek. Anheg et Varana sont partis à sa poursuite, mais rien ne prouve qu’ils le rattraperont à temps. Nous devons retarder Barak, et pour ça le meilleur moyen est de lui faire parvenir de fausses informations. Je veux que vous disiez à vos agents malloréens de lui raconter des histoires, de l’envoyer sur de fausses pistes. Barak va chercher Kheldar ; il ira se renseigner dans vos bureaux en Mallorée. Si Kheldar et les autres vont à Maga Renn ou Penn Daka, dites à vos hommes de faire croire à Barak qu’ils sont partis pour Mal Dariya.

— Je connais la musique. Dites, Porenn, vous allez bientôt transmettre les rênes du pouvoir à Sa Majesté ici présente ? avança le Nadrak en la lorgnant d’un air calculateur.

— Oui, enfin, d’ici quelques années.

— Quand cette affaire sera terminée, nous aimerions, Silk et moi, avoir une petite conversation avec vous. Que diriez-vous d’accepter une participation minoritaire dans nos affaires ? Quand vous serez dégagée de vos obligations officielles, bien sûr.

— Je suis très flattée, Yarblek, mais qu’est-ce qui me vaut une telle proposition ?

— Vous êtes très futée, Porenn, et vous avez un sacré carnet d’adresses. Je pense que nous pourrions aller jusqu’à cinq pour cent des parts.

— C’est absolument hors de question, intervint Kheva, et ils furent surpris de sa voix grave. Vingt pour cent.

— Vingt ? s’étrangla le Nadrak.

— Je dois veiller aux intérêts de ma mère, fit-il d’un ton sans réplique. Elle ne sera pas éternellement jeune et je ne voudrais pas qu’elle passe la fin de sa vie à faire des ménages.

— C’est du racket, Kheva ! protesta le Nadrak, la face rouge comme une betterave.

— Je ne veux pas vous étrangler, Yarblek, reprit le jeune roi de Drasnie, imperturbable. Il vaudrait peut-être mieux, en fin de compte, que ma mère se mette à son propre compte. Ça ne devrait lui poser aucun problème, d’autant que toutes les marchandises destinées à la famille royale drasnienne passent par la valise diplomatique et sont exemptées de frais de douane.

— On dirait que tu t’es piégé tout seul, Yarblek, ironisa Vella. Enfin, puisque tu es parti pour recevoir de mauvaises nouvelles aujourd’hui, je te signale que, quand tout ça sera fini, je te demanderai de me revendre.

— Te revendre ? Et à qui ?

— Je te le dirai le moment venu.

— Et… il a de l’argent ?

— Je n’en sais rien. Mais ça n’a pas d’importance. Je te paierai ma part moi-même.

— Là, je ne te reconnais pas. Faut vraiment que ce soit le grand béguin.

— Tu ne peux pas savoir, Yarblek. J’ai été faite pour lui.

 

— Nous avons pour ordre de rester ici, Atesca, répéta obstinément Brador.

— C’était avant ce long silence, riposta Atesca en arpentant nerveusement le vaste pavillon qu’il partageait avec le Melcène. Le bien-être et la sécurité de l’empereur relèvent de ma responsabilité.

Le général au nez de lutteur de foire était vêtu d’un pectoral d’acier incrusté d’or qui tintait à chaque pas.

— Pas plus que de la mienne, rétorqua Brador en caressant le petit ventre rond du chaton qui ronronnait sur ses genoux.

— Alors pourquoi ne faites-vous rien ? Il y a des semaines que nous sommes sans nouvelles de lui. Même vos services de renseignements sont incapables de nous dire où il est.

— Je sais, mais je ne vais pas désobéir aux ordres de l’empereur parce que vous êtes énervé ou que vous vous ennuyez.

— Eh bien, restez ici à dorloter ses chats ! Moi, demain, je donne ordre à l’armée de sortir d’ici.

— Vous êtes injuste, Atesca.

— Pardon, Brador. Ce long silence me rend un peu irritable, et j’en oublie mes bonnes manières.

— Je suis aussi inquiet que vous, Atesca, mais toute mon éducation se révolte à l’idée de transgresser un commandement impérial. Vous savez, murmura Brador alors que le chaton vautré sur ses genoux lui mordillait les doigts, je crois que quand sa Majesté rentrera, je lui demanderai si je peux garder celui-ci. Je commence à m’y attacher.

— Pourquoi pas ? Essayer de caser trois ou quatre portées de chatons tous les ans vous fera une distraction. Et si je vous proposais un compromis ? ajouta le général en se caressant pensivement le menton.

— Je suis ouvert à toutes les suggestions.

— Bon. Nous savons que l’armée d’Urvon s’est égaillée dans la nature et que tout laisse penser que ledit Urvon est mort.

— Et alors ?

— Zandramas a fait déplacer ses forces vers les protectorats de Dalasie.

— C’est ce que me disent mes hommes.

— Nous sommes l’un comme l’autre des hauts fonctionnaires du gouvernement de sa Majesté, d’accord ?

— D’accord.

— Nous sommes donc censés prendre, sans en référer à Mal Zeth, toutes les initiatives tactiques qui s’imposent pour tirer parti des avantages présentés par une situation donnée.

— Sans doute. Vous avez passé plus de temps que moi sur les champs de bataille.

— C’est l’usage, Brador. Darshiva serait donc pour ainsi dire sans défense. Je vous propose d’entrer à Peldane, de l’autre côté de la rivière, d’y ramener l’ordre, puis d’occuper Darshiva. Nous couperions ainsi Zandramas de ses arrières. Nous pourrions masser nos forces au pied de ces montagnes pour repousser ses troupes si elles tentaient de battre en retraite. Nous ramènerions ces deux provinces dans le giron de l’empire. Nous pourrions même y gagner une ou deux médailles.

— Sa Majesté en serait sans doute assez satisfaite.

— Elle serait folle de joie, Brador.

— Ce que je ne vois pas, c’est en quoi l’occupation de Darshiva nous permettrait de repérer plus facilement Sa Majesté.

— Bien. Nous devons garder trace de l’ennemi – des Darshiviens, en l’occurrence. La procédure militaire standard dans un tel cas consiste à envoyer des patrouilles en force afin de déterminer l’ampleur des troupes ennemies et leurs intentions probables. Et si ces patrouilles entraient par hasard en contact avec l’Empereur…

Il écarta les mains devant lui dans un geste éloquent.

— Vous avez intérêt à donner des instructions précises aux commandants de ces patrouilles, repartit prudemment Brador. Un lieutenant un peu naïf pourrait se laisser aller à dire des choses dont l’Empereur n’a pas forcément à être informé.

— J’ai dit des en force, Brador, rétorqua Atesca avec un sourire. Je pensais à des brigades entières. Une brigade est sous l’autorité d’un colonel, et j’ai un certain nombre de colonels assez intelligents.

— Quand commençons-nous ? demanda Brador avec un sourire.

— Vous avez quelque chose de prévu pour demain matin ?

— Rien qui ne puisse attendre, répondit le Melcène.

 

— Comment se fait-il que tu ne l’aies pas sentie venir ? hurlait Barak sous le nez de Drolag, son maître d’équipage.

Les deux hommes étaient plantés à la proue, sous la pluie que le vent chassait à l’horizontale par-dessus le bastingage.

— Moi non plus, Barak, j’comprends pas ! protesta l’autre en tirant sur sa barbe agitée par la tempête. C’est la première fois que ma patte me fait ce coup-là.

Drolag faisait partie de ceux qui s’étaient un jour cassé une jambe. Il avait constaté, quand la fracture s’était consolidée, que sa patte était devenue sensible aux changements de temps : il prédisait les orages avec une précision surnaturelle. Ses compagnons de bord l’observaient toujours avec attention. Quand Drolag faisait la grimace à chaque pas, ils scrutaient l’horizon à la recherche des inévitables nuages ; quand il boitait, ils amenaient la toile et commençaient à capeler les lignes de sécurité. Et quand il tombait en poussant un cri de douleur, ils s’empressaient de mouiller l’ancre flottante, de descendre à la cale et de fermer toutes les écoutilles. Drolag avait changé un handicap temporaire en une carrière à vie. Il était royalement payé et ne faisait jamais rien. Tout ce qu’on lui demandait, c’était d’arpenter le pont de sorte que tout le monde puisse le voir. Sa jambe miraculeuse lui permettait même d’annoncer à quel endroit la tempête devait éclater. Mais cette fois, la tempête s’était abattue sans prévenir sur le pont de l’Aigle des mers, et Drolag était aussi surpris que ses compagnons de bord.

— Tu ne t’es pas soûlé, tu n’es pas tombé et tu ne te l’es pas recassée, au moins ? avança Barak d’un ton soupçonneux.

Barak ne connaissait de l’anatomie humaine que les endroits où il était intéressant d’assener sa hache ou son épée quand l’anatomie en question était celle d’un ennemi. Il se disait brumeusement que si une fracture avait valu à Drolag le don de prédire le temps, une seconde fracture avait pu l’en priver.

— Tu penses bien que non, Barak, répondit pitoyablement Drolag. J’vais pas risquer mon gagne-pain pour quelques chopes de mauvaise bière.

— Alors explique-moi comment cette tempête nous est tombée dessus sans que tu la sentes venir ?

— J’en sais rien, moi, Barak. C’est p’t-être pas une tempête normale. Elle a p’t-être été provoquée par magie. J’sais pas si ma patte peut sentir v’nir les tempêtes magiques.

— C’est un peu facile comme excuse, ricana Barak. Toutes les fois qu’un ignorant ne comprend pas une chose, il la met sur le compte de la magie.

— C’est pas d’ma faute, Barak ! protesta Drolag avec véhémence. J’fais c’que j’peux, mais faut pas m’tenir pour responsable des forces surnaturelles.

— Descends, grinça Barak entre ses dents. Va discuter avec ta patte et tâche de trouver une meilleure explication.

Drolag se détourna en marmonnant dans sa barbe et s’éloigna clopin-clopant sur le pont qui tanguait et roulait.

Barak était de mauvais poil. Tout semblait conspirer à le retarder. Ils venaient d’assister, ses amis et lui-même, à la fin spectaculaire d’Agachak quand un tronc d’arbre invisible sous l’eau avait fait un trou dans la coque de l’Aigle des mers. Ils avaient réussi, en écopant comme des forcenés, à descendre le fleuve jusqu’à Dal Zerba et à hisser l’énorme bâtiment sur un banc de boue pour le réparer, mais cette corvée leur avait pris deux semaines, et voilà que cet orage venu de nulle part les ralentissait encore. Il en était là de ses réflexions quand son fils remonta sur le pont, le triste roi des Thulls à la remorque. Unrak regarda autour de lui, comme s’il y avait quelque chose à voir dans cette tourmente, tandis que la bourrasque s’acharnait sur sa tignasse de feu.

— Ça n’a pas l’air de se calmer, hein, Père ?

— Pas spécialement, non.

— Hettar voudrait te parler.

— Il faut que je tienne la barre de cette grosse brute.

— Laisse-là à ton second, Père. Hettar a étudié cette carte et il pense que nous courons un danger.

— A cause de cette petite tempête de rien du tout ? Ne dis pas de bêtises !

— La coque de l’Aigle des mers serait-elle assez solide pour résister à des récifs ?

— Nous sommes en haute mer !

— Plus pour longtemps, à mon avis. Descends un instant, Père. Hettar te montrera.

Barak abandonna la barre à son second et suivit son fils en rechignant, Nathel sur ses talons. Le roi des Thulls était sensiblement plus âgé qu’Unrak mais on ne l’aurait pas dit. Il avait pris l’habitude de le suivre comme un chien perdu. Quant au fils de Barak, il ne faisait pas preuve d’une mansuétude désordonnée envers son compagnon indésirable.

— Qu’est-ce que c’est que cette histoire, Hettar ? demanda Barak en entrant dans la cabine exiguë.

— Venez voir, répondit le grand Algarois en indiquant la carte posée sur la table rivée au sol. Nous avons quitté Dal Zerba hier matin, n’est-ce pas ?

— Exact. Nous en serions partis plus vite si quelqu’un avait regardé un peu ce qui se passait sur ce fleuve. Je pense que je vais chercher qui était de quart d’avant, ce jour-là, et lui donner de la cale humide.

— Qu’est-ce que c’est que la cale humide ? demanda Nathel.

— Quelque chose de très désagréable, répondit sèchement Unrak.

— Oh, alors je préfère que vous ne me le disiez pas. Je n’aime pas les choses désagréables.

— Comme vous voudrez, Majesté.

Unrak avait tout de même des manières.

— Vous ne pourriez pas m’appeler Nathel ? demanda plaintivement le Thull. Je ne suis pas vraiment un roi, de toute façon. C’est ma mère qui décide tout.

— Comme vous voudrez, Nathel, fit Unrak qui commençait à le prendre en pitié.

— Bon, quelle distance avons-nous parcourue depuis hier ? reprit Hettar.

— Disons une vingtaine de lieues, répondit Barak. Je vous rappelle que nous sommes dans des eaux inconnues et que nous avons dû mettre en panne cette nuit.

— Alors nous ne devons pas être loin de ça, conclut l’Algarois en indiquant un symbole inquiétant sur la carte.

— Nous ne pouvons pas être dans les parages de ce récif, Hettar, répondit patiemment Barak. Nous avons mis le cap au sud-est dès que nous sommes sortis de l’estuaire, à l’embouchure du fleuve.

— Nous ne sommes pas allés vraiment vers le sud-est, Barak. Un courant longe de toute évidence la côte ouest de la Mallorée, et il est assez puissant, je l’ai vérifié à plusieurs reprises. La proue pointait bien vers le sud-est, mais l’Aigle des mers a dérivé latéralement presque plein sud à cause de ce courant.

— Depuis quand vous y connaissez-vous en navigation à la voile ?

— Il n’est pas nécessaire de s’y connaître, Barak. Prenez un bout de bois et lancez-le par-dessus le bastingage à bâbord : vous le rattraperez en deux minutes. Peu importe dans quelle direction est tournée la proue du vaisseau, vous allez plein sud. Je vous garantis que d’ici une heure, nous entendrons les vagues se briser sur ce récif.

— Je confirme, Messire de Trellheim, la véracité des dires de notre ami, intervint Mandorallen. J’ai moi-même assisté à l’expérience à laquelle il a procédé avec son bout de bois. Nous allons bel et bien vers le sud.

— Qu’allons-nous faire ? demanda Lelldorin, un peu inquiet.

Barak contempla la carte d’un œil endeuillé.

— Nous n’avons pas le choix, répondit-il. Nous ne pouvons reprendre le large avec cette tempête. Nous allons mouiller les deux ancres en espérant toucher le fond. Puis nous allons serrer les fesses et attendre que ça passe. Comment s’appelle ce récif, Hettar ?

— Turim, répondit le farouche Algarois.

La sibylle de Kell
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